Assurance maladie
LES MALADIES DE LONGUE DURÉE DANS LE COLLIMATEUR
La Mutualité veut «rationaliser le coût de la prise en charge» des graves
affections, couvertes aujourd’hui à 100% par la Sécu. M. Sarkozy y est favorable. FO dénonce une remise en cause radicale du principe de solidarité du système.
La Mutualité française a tenu la semaine dernière son 39e congrès à Bordeaux (Gironde). La Mutualité qui fédère les
complémentaires santé à but non lucratif, a exprimé à cette occasion sa volonté de «peser» plus à l’avenir sur le système de santé. Elle a proposé notamment de participer plus activement à la
gestion des affections de longue durée (ALD, cancer ou diabète, par exemple), couvertes aujourd’hui à 100% par la Sécu. «Nous voulons rationaliser le coût de la prise en charge des ALD, mais
aussi proposer aux patients les meilleurs services», a déclaré jeudi son président, Jean-Pierre Davant, tout en soulignant son «attachement aux mécanismes de solidarité nationale pour financer
l'essentiel de la demande de soins».
Invité à intervenir le jour même devant les congressistes, Nicolas Sarkozy a donné quelque peu satisfaction aux mutualistes.
Le Chef de l’État leur a indiqué que le gouvernement devrait étudier «de façon approfondie» la proposition de M. Davant. « Je souhaite () que des expérimentations soient lancées par le
gouvernement et la Mutualité (). Nous en évaluerons les résultats, avant peut-être, de généraliser ces nouveaux modes d’intervention des organismes complémentaires», a-t-il dit. «Je souhaite,
dans le cadre d’un partenariat exigeant, que (leur) soient confiées de nouvelles responsabilités», a ajouté M. Sarkozy, avant d’expliquer, que «les régimes de base ne pourront pas tout financer».
Et de s’engager à ce que le gouvernement crée «les conditions d’une prise en charge () des nouveaux besoins sociaux dont la couverture ne peut reposer exclusivement sur la solidarité nationale»,
cette prise en charge par les complémentaires devant se faire, selon lui, dans le «respect de certaines normes», «en contrepartie () d’aides fiscales et sociales».
Sachant que quelque 8 millions de personnes (14% des patients) relèvent aujourd’hui du régime des ALD, qui concentrent près de
deux tiers des remboursements de l'assurance maladie et la quasi totalité de leur croissance annuelle, il y a de quoi hérisser le poil des défenseurs des principes fondateurs et fédérateurs de la
Sécurité sociale. Dans un communiqué diffusé vendredi, la confédération FO s’est déclarée ainsi «inquiète» des props du président de la République sur l’impossibilité pour le régime de base de
financer tous les besoins. L’organisation syndicale a mis en garde notamment «les pouvoirs publics sur une telle orientation qui consisterait en une remise en cause radicale du principe de
solidarité sur lequel est fondée» l’Assurance maladie. Pour FO, «en faisant tomber tout ou partie des ALD dans le champ des complémentaires, les pouvoirs publics transfèreraient la charge du
financement aux malades qui ne seraient plus couverts par la Sécurité sociale». Une telle «ouverture du "marché" des ALD à la sphère privée» ne pourrait être «cautionnée», prévient la
confédération. En effet, chacun sait que, si les mutuelles voyaient leur revendication satisfaite par le gouvernement, les assurances privées en profiteraient également.
Source Cgtfo.fr