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DROIT A L'IMAGE

Droit À L'image

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Jules Valles
Jules Valles


C’était un homme singulier et attachant à tous points de vue : paradoxal dans ses propos, révolutionnaire dans ses sentiments et dans sa pensée. Il n’a jamais appartenu à un parti politique. Il détestait les chapelles littéraires et les coteries. Dans toutes les circonstances de sa destinée, Jules Vallès resta un homme libre, solitaire dans l’exil, luttant pour l’émancipation économique de la classe ouvrière et pour sa libération morale. Or, sans le vouloir, il était engagé dans le sens le plus humain du terme, car il s’insurgeait contre la misère du peuple, la sottise, la lâcheté, l’immoralité et les préjugés bourgeois.

Son enfance et sa jeunesse ne furent que souffrances et désenchantements.

Mais comme il avait acquis de bonne heure la dignité de sa personne, cet état de choses, au lieu de le rendre triste et renfermé, développa en lui l’amour-propre, l’orgueil, le goût de la vérité et le sentiment âpre de la révolte à l’égard de tout ce qui était conformisme et prévention.

Après un début difficile, dans la littérature, mais confiant dans la valeur et la force de son talent, il devint l’un des écrivain français les plus originaux et les plu
s étincelants.

Des critiques célèbres de l’époque avaient reconnu ses qualités littéraires intrinsèques, mais, pendant près de cinquante ans, il fut oublié. C’est seulement depuis quelques années que l’auteur du Bachelier a été redécouvert et qu’il connaît actuellement une nouvelle popularité.

Aujourd’hui il est rangé parmi les grands classiques du XIXe siècle.

« Je n’ai pas eu de famille »

Vallès naquit à Puy, en 1832. Son père était pion dans un collège de Saint-Étienne et sa mère, religieuse défroquée, était « laide et bête ». Elle le fouettait tous les jours pour qu’il ne soit pas dit qu’il était un « enfan
t gâté ».

Vallès confia plus tard à son ami et compagnon de la Commune, Arthur Arnould : « Je n’ai pas eu d’enfance, et je n’ai jamais eu de famille ».

Après de brillantes études, en 1850 il débarqua à Paris pour faire son Droit à l’université. Il se révoltait déjà contre la société, et le gouvernement qui de plus en plus s’enlisait dans la marée de la réaction. Ce républicain fougueux se passionna pour le socialisme de Proudhon et, avec ses camarades du quartier Latin, il suivait les cours de Michelet à la Sorbonne, qui chaque fois constituait une sorte de manifestation pour la liberté de l’esprit et la démocratie bafouées par les tenants du pouvoir.

Vallès, avec sa sensibilité impétueuse et son esprit révolutionnaire, rêvait en compagnie de ses amis de misère, d’un monde plus humain et plus juste, en chantant les strophes vibrantes du Chant des Ouvriers, de Pierre Dupont : « Nous qui des pieds, des bras, des mains - De tout le corps luttons sans cesse - Pour abriter nos lendemains - Contre le froid de la vieillesse - Buvons - À l’indépendance du monde. »

Comme tous les vrais républicains, héritiers des idées de la révolution de février 1848, Jules Vallès haïssait la politique antidémocratique du prince Louis-Napoléon . On comprend que le lendemain du coup d’État du 2 septembre 1851, il se joignit à ses camarades pour participer à la résistance. Malheureusement, l’insurrection échoua et si Vallès ne fut pas arrêté, c’est que son père bien pensant et pusillanime, furieux de « l’incartade » de son fils, le fit enfermer dans un asile d’aliénés. Vallès n’étant pas atteint de maladie mentale, fut libéré après deux mois d’internement arbitraire, par l’intervention de son ami Ranc.

À 19 ans, Vallès, réfractaire au nouvel ordre établi par Napoléon III dans lequel il voyait une forme, plus raffinée du despotisme, voua l’Empereur à l’exécration et deux ans plus tard, en 1853, il participa au complot de l’Opéra-Comique ce qui lui valut un emprisonnement de 44 jours.

L’écrivain se révèle

Libéré mais tenaillé par la misère, il accepta une place de surveillant au collège de Caen. Or, sa nature turbulente, son caractère indépendant et son âme toujours en ébullition, ne pouvaient supporter l’ambiance étouffante de cette petite ville de province. Paris l’attirait de nouveau où il espérait
réaliser ses rêves d’écrivain.

Il publia en 1857, sans nom d’auteur, son premier livre intitulé : L’Argent, qui fit scandale. Sous forme d’éloge satirique du milieu de la haute finance et de l’idolâtrie effrénée de l’argent, il attaquait la veulerie, l’hypocrisie, et « l’égoïsme civilisé » des gens riches : « Votre couronne en feuille d’argent sera brisée, écrit-il. Le coup de Bourse, la Carmagnole des millions le hasard de la fourchette tout cela finira et finira bien »...

Nous sommes en 1860. Vallès travaille comme expéditionnaire à la mairie de Vaugirard, mais en même temps il publie régulièrement des chroniques dans la Presse, La Liberté, la Revue Européenne, l’Événement et Le Figaro, qu’il réunit ensuite en volumes, sous les titres : La Rue et Les Réfractaires. Ces deux ouvrages, sont la peinture des caractères, des mœurs et de la condition sociale des pauvres gens et révèlent un écrivain réaliste, dans la meilleure tradition de Balzac, un observateur aigu, sensible aux nuances, au pittoresque et à la finesse du st
yle.

Il aimait ces réfractaires, qui « n’ayant point pu, point voulu ou point su obéir à la loi commune, se sont jetées dans l’aventure ; qui marchent à travers les huées et les rires, sans ruser et sans feindre, poitrine découverte, l’orgueil en avant comme un flambeau. La misère arrive qui souffle dessus, les empoigne au cou et les couche dans le ruisseau ».


La critique avait surtout accueilli Les Réfractaires avec une sympathie chaleureuse, en y découvrant des valeurs littéraires indéniables : l’originalité du ton, la saveur âpre et la truculence réaliste de l’accent :

« Les réprouvés de cette cité dolente, écrivait Paul de Saint-Victor, sont d’une vérité effrayante. II y a du sang et de la bile dans la couleur de M. Vallès ; son eau-forte mord contre le vitriol. Mais le cœur n’est pas absent de ses récits sardoniques, on l’entend battre sous les sarcasmes ».

De même, les frères Goncourt, pourtant si avares d’éloges envers leurs contemporains, sont émerveillés : « Nous admirons, lui écrivent-ils, votre étude poignante si vive et chaude, impitoyable et vibrante. Vous avez l’observation qui va au cœur ».

Les Réfractaires lui procurent une certaine notoriété. Vallès lance son journal La Rue, dans lequel il fulmine avec sa verve incisive et son style véhément contre les vices et les tares du régime. Ses articles, jugés scandaleux, bientôt La Rue, sous le coup des perquisitions et des interdictions, cesse de paraître. Vallès collabore alors dans Le Globe et dans L’Art de Cluseret. Il met en cause, ouvertement le régime dépravé et dictatorial de Napoléon III : « Après le coup de maillet du 2 décembre, écrit-il, les uns sont devenus fous, les autres sont morts… D’autres, voient et entendent encore, mais la misère les a fanés, ridés, vidés. Que de tombes et de cabanons ! Que d’affamés et que d’agonisants
! »

Pour ce réquisitoire, Vallès est condamné à deux mois d’emprisonnement et à 2.000 francs d’amende. Après avoir purgé sa peine, il fonde en février 1869, un autre journal, au titre très proudhonien : Le Peuple.

Dans le premier numéro, il explique le but de son entreprise et comment il entend défendre le peuple qu’il identifie au mineur qui vient, la lampe accrochée à son front, traverse la chambre du feu grisou et qui est resté enfoui dix heures sous un éboulement ;

Au couvreur qui tombe du toit comme un oiseau mort

Au verrier dont la vie fond avec le verre dans le brasier ;

Au tourneur que la poussière de cuivre étouffe ;

Au peintre que la céruse mord ;

Au mitron pâle comme sa farine ».

C’est pour démontrer l’héroïque et dramatique souffrance du peuple et lutter pour ses droits sociaux que son journal est destiné.

Candidat malheureux aux élections

A cette époque eurent lieu les élections législatives en France. Jules Vallès se présenta contre Jules Simon et comme « candidat de la
misère ».

Dans sa déclaration adressée aux électeurs, il définit ses intentions : « J’ai toujours été l’avocat des pauvres, dit-il je deviens le candidat du travail, je serai le député de la misère ».

Son programme referme ses idées réformatrices : « Haine de toutes les servitudes, mépris de toutes les aumônes, droit au travail ; liberté et justice. » Il est, hélas ! battu, mais n’obtint pas moins 780 voix. Son vaillant journal, Le Peuple, après le 14e numéro disparaît faute d’argent. Vallès collabore alors dans La Marseillaise, de Rochefort, qui mène une si courageuse campagne en faveur des ouvriers en grève.

Puis vint la guerre franco-allemande de 1870, Vallès est chef d’un bataillon de la Garde Nationale. Le 15 août il est à côté de Blanqui qui tente de soulever, mais en vain, le peuple contre le rég
ime.

Après la proclamation de la République du 4 septembre, il est de nouveau avec Blanqui dans l’insurrection du 31 octobre, qui échoue. Vallès est condamné par le conseil de guerre à six mois d’emprisonnement, mais il réussit à se « soustraire ».

L’affiche rouge

Au début janvier 1871, le Comité central ouvrier le charge avec Vaillant, de la rédaction de la fameuse affiche rouge, signée par Varlin, Melon, Pindy, et Ranvier, qui causa une vive sensation : « Le gouvernement qui s’est chargé de la défense nationale, a-t-il rempli sa mission ? Non… Par leur lenteur, leur indécision, leur inertie, ceux qui nous gouvernement nous ont conduits jusqu’au bord de l’abîme… On meurt de froid, déjà presque de faim… Le gouvernement a donné sa mesure, il nous tue… La perpétuation de ce régime, c’est la capitulation. Place au peuple, place à l
a Commune.

Plus tard, un an avant sa mort, Vallès disait avec fierté : « Je place au-dessus de toutes mes joies d’écrivain celle d’avoir été le collaborateur de cette affiche qui annonçait le grand drame social », c’est-à-dire la Commune et où s’inscrivait toute la révolte contenue du peuple qui grondait à Paris.

Le 22 février 1871, Vallès créa Le Cri du Peu
ple.

Son premier numéro annonçait l’arrivée prochaine et inéluctable de la Commune révolutionnaire, créatrice d’une société nouvelle : « La sociale arrive, entendez-vous ! Elle arrive à pas de géant, apportant non à la mort, mais le salut par dessus les ruines et elle crie :"Malheur aux traîtres ! Malheur aux vainqueurs !" » Le Cri du Peuple préparait la population, moralement, psychologiquement et idéologiquement à l’avènement de la Commune. Pour ses articles « subversifs », le journal fut interdit par le général Vignoy, mais il reparut au lendemain de la proclamation de la Commune de Paris.

Le Cri du Peuple fut le porte-drapeau du mouvement insurrectionnel du 18 mars. Pendant la Semaine sanglante, Vallès se battit, sans défaillance, sur les barricades contre les Versaillais jusqu’à la défaite des communards.

Traqué par les soldats de Thiers et de Galiffet, il se cacha à Paris, chez des amis sûrs, puis il gagna la Suisse et finalement se fixa à Londres, jusqu’à l’amnistie, d’où il collabora aux journaux parisiens républicains : Le Radical, Le Voltaire, La Révolution Française, l’Événement, ce dernier publia ses chroniques pittoresques intitulées : « La Rue à Londres », et le Siècle donna en feuilleton, « L’Enfant », première partie de sa trilogie Jacques Vingtras.

C’est en vivant en Angleterre, pays libre des exilés que le proscrit Jules Vallès put s’échapper au verdict du 6e conseil de guerre, le condamnant à mort par contumace, le 4 juillet 1872.

Retour d’exil

Lorsqu’il revint en France, en 1880, il reprit son activité littéraire et journalistique, en publiant un roman historique : Les Blouses, qui relate la révolte tragique des paysans de Bouzançais, dans l’Indre, sauvagement réprimée en
1847, et L’Insurgé.

Entre 1882 et 1883, Vallès écrivit ses Chroniques à La France, et Tableaux de Paris. Sous sa direction et avec la collaboration de Jules Guesde, d’Eugène Fournière et de Séverine, Le Cri du Peuple parait la troisième fois. C’était le seul journal véritablement révolutionnaire à l’époque qui soutenait, avec passion et fermeté, malgré les perquisitions et les tracasseries policières constantes, toutes les revendications de la classe ouvrière et les retentissantes grèves des mineurs d’Anzin et de Décazeville.

Au seuil de la mort, miné par la maladie. Vallès fit encore un dernier acte qui attestait toujours sa solidarité avec les révolutionnaires irréductibles, en réclamant dans un article, l’amnistie pour Louise Michel et Kropotkine.

Les funérailles de Vallès furent un apothéose. Des milliers d’ouvriers témoignèrent leur admiration émue au réfractaire qui se renonça jamais à sa mission sociale, ne renia jamais ses idées, et sut lutter pour la cause prolétarienne tout en restant un homme indépendant.

Un article méchant du critique Ferdinand Brunetière, publié dans la Revue des Deux Mondes, au lendemain de la mort de Vallès, le dépeint comme un « vilain homme ; une nature mauvaise et dangereuse, [...] qui tiendrait dignement sa place dans un musée national des horreurs » et que son livre L’Enfant est infâme. Cette appréciation fort subjective n’enlève rien à la valeur littéraire de la trilogie de Jacques Vingtras, autobiographie transposée de Vallès dont la puissance épique, ardente et tumultueuse évoque le cheminement et les tribulations de sa destinée. Elle est écrite dans un style concis, alerte et coloré et a une signification pédagogique, morale et sociologique, en ce sens qu’elle « défend le droit de l’enfant », proclame la liberté et l’élévation intellectuelle et éthique de l’homme, quelle que soit son origine, et la valeur créatrice d’une conception sociale.

Vallès est un prosateur de premier ordre, par l’influence qu’il exerça sur le développement de la conscience prolétarienne, sur les journalistes de la fin de l’Empire et de la Commune, sur des auteurs tels que Jules Renard et Charles-Louis Philippe.

Un critique avisé de notre temps, M. André Billy, n’hésite pas à affirmer que « Vallès est notre plus grand écri
vain révolutionnaire ».

En effet, il avait l’art de la composition, la sûreté du trait un tour satirique et la vigueur du style pour exprimer toute la douleur, la révolte et l’espérance d’un esprit combattant.


Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°490, le 30 juin 1955.

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